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Un salarié devenu dirigeant doit-il conserver ses actions gratuites jusqu’à la fin de son mandat ?

  • Photo du rédacteur: Le Bouard Avocats
    Le Bouard Avocats
  • 24 août
  • 8 min de lecture

Un salarié devenu dirigeant doit-il conserver ses actions gratuites jusqu’à la fin de son mandat ?


Non. Selon l’ANSA, un salarié nommé mandataire social après l’attribution d’actions gratuites n’est pas soumis, pour ces titres, à l’obligation spécifique de conservation jusqu’à la cessation de ses fonctions.


  • La qualité du bénéficiaire s’apprécie au moment de l’attribution des actions gratuites.

  • Les actions reçues alors que le bénéficiaire était salarié conservent le régime applicable à cette attribution initiale.

  • La nomination ultérieure comme mandataire social ne rend pas rétroactivement applicable l’obligation de conservation jusqu’à la fin du mandat.

  • Cette obligation concerne les actions attribuées à une personne déjà mandataire social au moment de l’attribution.

  • La position résulte d’une interprétation doctrinale de l’ANSA du 6 mai 2026 et non d’une décision de justice.


Lorsqu’un salarié bénéficie d’une attribution gratuite d’actions puis devient ultérieurement dirigeant ou mandataire social de la société, une question pratique se pose : doit-il conserver les actions reçues en qualité de salarié jusqu’à la cessation de ses nouvelles fonctions ?




Dans une communication du 6 mai 2026, le Comité juridique de l’Association nationale des sociétés par actions (ANSA) répond par la négative.


Selon cette analyse, l’obligation particulière de conservation imposée à certains mandataires sociaux ne concerne que les actions qui leur ont été attribuées alors qu’ils exerçaient déjà leurs fonctions de dirigeant.

La nomination ultérieure du salarié en qualité de mandataire social ne modifierait donc pas rétroactivement le régime juridique applicable à une attribution gratuite d’actions antérieure.


Cette position mérite toutefois d’être replacée dans le régime général des actions gratuites et dans les dispositions de l’article L. 225-197-1 du Code de commerce.


Quelles sont les règles de conservation des actions gratuites attribuées à un salarié ?


L’attribution gratuite d’actions permet à une société d’attribuer, sous certaines conditions, des actions existantes ou à émettre à ses salariés ainsi qu’à certains mandataires sociaux.

Le mécanisme est notamment encadré par l’article L. 225-197-1 du Code de commerce.


L’assemblée générale extraordinaire autorise l’opération et détermine notamment les principales caractéristiques du plan d’attribution. Elle fixe en particulier la durée de la période d’acquisition et peut également prévoir une période pendant laquelle les bénéficiaires devront conserver leurs titres.


Le Code de commerce impose par ailleurs que la durée cumulée de la période d’acquisition et de la période de conservation respecte les durées minimales prévues par la loi.

Les salariés bénéficiaires doivent donc respecter les conditions du plan d’attribution gratuite d’actions dont ils bénéficient.


Le régime devient toutefois particulier lorsque le bénéficiaire exerce certaines fonctions de direction.






Un dirigeant doit-il conserver ses actions gratuites jusqu’à la fin de son mandat ?


Oui, certaines catégories de mandataires sociaux peuvent être soumises à une obligation supplémentaire de conservation.


L’article L. 225-197-1 du Code de commerce vise notamment :


  • le président du conseil d’administration ;

  • le directeur général ;

  • les directeurs généraux délégués ;

  • les membres du directoire ;

  • le gérant d’une société par actions.


Les règles relatives aux attributions gratuites d’actions sont également applicables, dans les conditions prévues par le Code de commerce, à certains dirigeants de sociétés par actions simplifiées.


Pour les actions attribuées à ces mandataires sociaux, l’organe compétent doit déterminer soit que les titres ne pourront pas être cédés avant la cessation de leurs fonctions, soit la quantité d’actions qu’ils devront conserver au nominatif jusqu’à cette date.


Il s’agit donc d’une obligation de conservation propre aux dirigeants, qui vient s’ajouter au régime général applicable aux bénéficiaires d’actions gratuites.


La difficulté apparaît lorsqu’un salarié change de statut après l’attribution des titres.


Un salarié nommé dirigeant après l’attribution des actions gratuites doit-il conserver ses titres ?


Selon le Comité juridique de l’ANSA, non.


Dans sa communication n° 26-036 du 6 mai 2026, l’Association considère qu’un salarié qui a bénéficié d’une attribution gratuite d’actions avant d’être nommé mandataire social n’entre pas, pour ces actions, dans le champ de l’obligation spécifique de conservation jusqu’à la cessation de ses fonctions.


Autrement dit, il faut apprécier la qualité du bénéficiaire au moment où les actions gratuites lui sont attribuées.

Si les titres ont été attribués à une personne en sa qualité de salarié, sa nomination ultérieure en qualité de dirigeant ne transformerait pas rétroactivement cette attribution en attribution consentie à un mandataire social.


L’intéressé continuerait ainsi à être soumis aux règles prévues par le plan d’attribution initial, mais pas à l’obligation particulière attachée à son mandat social.


Pourquoi la nomination ultérieure comme mandataire social ne modifie-t-elle pas le régime des actions gratuites ?


L’analyse de l’ANSA repose principalement sur la rédaction de l’article L. 225-197-1 du Code de commerce.


Le texte prévoit un régime particulier pour les actions attribuées aux mandataires sociaux et fait référence aux actions « ainsi attribuées » à ces dirigeants.


Pour l’ANSA, cette formulation signifie que l’obligation de conservation jusqu’à la cessation des fonctions ne concerne que les actions ayant été attribuées à une personne en raison de sa qualité de mandataire social au moment de l’attribution.


La règle ne devrait donc pas être étendue à des actions antérieurement attribuées en qualité de salarié.


Cette interprétation évite également qu’une nomination ultérieure entraîne une modification rétroactive des conditions juridiques d’un plan d’actions gratuites déjà mis en œuvre.


À quelle date faut-il apprécier la qualité de salarié ou de dirigeant pour les actions gratuites ?


La position de l’ANSA conduit à retenir la date de la décision d’attribution des actions comme élément déterminant.


Deux situations doivent alors être distinguées.


Première hypothèse : les actions sont attribuées alors que le bénéficiaire est salarié.


Le régime applicable est celui prévu pour l’attribution consentie au salarié. Sa nomination ultérieure comme mandataire social n’entraînerait pas l'application de l'obligation spéciale de conservation attachée aux dirigeants pour ces titres.


Deuxième hypothèse : de nouvelles actions lui sont attribuées après sa nomination comme mandataire social.


Ces nouvelles attributions devront, en revanche, respecter les dispositions applicables aux dirigeants et notamment les éventuelles obligations de conservation jusqu’à la cessation du mandat.


Un même bénéficiaire peut ainsi détenir plusieurs catégories d’actions gratuites soumises à des règles de conservation différentes selon la date et les circonstances de leur attribution.


Que se passe-t-il si de nouvelles actions gratuites sont attribuées après la nomination du salarié comme dirigeant ?


La situation est différente lorsque le bénéficiaire reçoit une nouvelle attribution après sa nomination comme mandataire social.


À cette date, il possède désormais la qualité de dirigeant.


L’attribution devra donc être examinée au regard du régime applicable aux mandataires sociaux prévu par l’article L. 225-197-1 du Code de commerce.


L’organe compétent devra notamment déterminer, lorsque les dispositions concernées sont applicables, si les actions ne pourront être cédées avant la cessation des fonctions ou quelle fraction devra être conservée au nominatif jusqu’à cette date.


En pratique, il est donc essentiel de distinguer les différents plans et les différentes dates d’attribution.


La position de l’ANSA constitue-t-elle une décision de justice ?


Non.

La communication du Comité juridique de l’ANSA constitue une position doctrinale et non une décision rendue par une juridiction.


L’ANSA joue néanmoins un rôle important dans l’interprétation du droit des sociétés et du droit boursier. Son Comité juridique rassemble notamment des praticiens du droit des sociétés, des juristes d’entreprise, des avocats et des universitaires.


Ses avis constituent donc une référence utile pour la pratique des sociétés par actions.

Ils ne possèdent cependant pas la même autorité qu’un texte législatif, réglementaire ou qu’une décision de jurisprudence.


La solution dégagée dans la communication du 6 mai 2026 doit ainsi être comprise comme une interprétation du texte actuellement applicable.


Comment sécuriser un plan d’actions gratuites lorsqu’un salarié devient dirigeant ?


Lorsqu’un bénéficiaire d’actions gratuites évolue vers des fonctions de direction, plusieurs vérifications sont recommandées.


Il convient tout d’abord d’identifier précisément la date de chaque attribution et la qualité du bénéficiaire au moment de cette décision.


Le plan d’attribution, le règlement du plan ainsi que les décisions de l’assemblée générale et de l’organe ayant procédé à l’attribution doivent ensuite être examinés.


Une attention particulière doit également être portée :


  • à la période d’acquisition des actions ;

  • à l’existence éventuelle d’une période de conservation ;

  • aux conditions propres au plan concerné ;

  • à la date de nomination du bénéficiaire comme mandataire social ;

  • à l’existence d’attributions nouvelles intervenues après cette nomination ;

  • aux éventuelles stipulations contractuelles ou statutaires complémentaires.


Cette analyse permet notamment d’éviter d’appliquer indistinctement à toutes les actions détenues par le dirigeant une obligation de conservation qui pourrait ne concerner que certaines attributions.

Un dirigeant peut-il vendre des actions gratuites reçues lorsqu’il était salarié ?


En principe, la nomination comme mandataire social ne suffit pas, selon l’analyse retenue par l’ANSA, à soumettre les actions antérieurement attribuées au salarié à l’obligation légale de conservation jusqu’à la cessation de ses fonctions.


Cela ne signifie toutefois pas que ces titres sont nécessairement immédiatement cessibles.


Le bénéficiaire doit toujours respecter les autres contraintes applicables aux actions concernées, notamment :


  • les périodes de conservation prévues par le plan ;

  • les clauses éventuellement prévues dans un pacte d’actionnaires ;

  • les restrictions statutaires applicables ;

  • les règles relatives aux opérations sur titres lorsqu’elles trouvent à s’appliquer ;

  • les engagements contractuels éventuellement souscrits par le dirigeant.


La possibilité de céder les actions doit donc être appréciée au cas par cas.


Pourquoi faut-il distinguer les actions reçues comme salarié de celles reçues comme dirigeant ?


La distinction présente un enjeu pratique important lors de la nomination d’un salarié à des fonctions de direction.


Une même personne peut avoir bénéficié d’une première attribution en tant que salarié puis d’une seconde attribution après sa nomination comme mandataire social.


Les deux attributions ne sont pas nécessairement soumises aux mêmes obligations.

Les entreprises ont donc intérêt à assurer une traçabilité précise des décisions d’attribution, des dates concernées et de la qualité du bénéficiaire.


Cette vigilance est particulièrement importante à l’occasion d’une cession de titres, du départ d’un dirigeant, d’une opération de restructuration ou d’une modification de la gouvernance.


Faut-il modifier un plan d’actions gratuites lorsqu’un salarié devient mandataire social ?


La seule nomination du bénéficiaire comme mandataire social n’implique pas nécessairement de modifier le régime des actions qui lui avaient déjà été attribuées.

En revanche, les futures attributions devront être organisées en tenant compte de sa nouvelle qualité.


Il est donc conseillé de réexaminer la documentation juridique avant toute nouvelle décision d’attribution.


Une rédaction précise des procès-verbaux, du règlement du plan et des décisions des organes sociaux permet également de distinguer clairement les titres reçus en qualité de salarié de ceux attribués ultérieurement en qualité de dirigeant.


Que retenir sur les actions gratuites d’un salarié devenu dirigeant ?


La position adoptée par le Comité juridique de l’ANSA le 6 mai 2026 apporte une clarification utile.


Un salarié ayant reçu des actions gratuites avant sa nomination comme mandataire social ne serait pas soumis, pour ces titres, à l’obligation spécifique de conservation jusqu’à la cessation de ses fonctions de dirigeant.


Cette obligation concernerait uniquement les actions qui lui sont attribuées alors qu’il possède déjà la qualité de mandataire social.


La date de l’attribution et la qualité du bénéficiaire à cette date deviennent donc des éléments essentiels pour déterminer le régime applicable.


Pour les sociétés utilisant des plans d’actions gratuites dans leurs politiques de rémunération ou d’intéressement, la documentation de chaque attribution reste indispensable afin de sécuriser les droits des bénéficiaires et les obligations des organes sociaux.


Sources : article L. 225-197-1 du Code de commerce ; Communication ANSA, Comité juridique n° 26-036 du 6 mai 2026.

FAQ – Actions gratuites et nomination comme dirigeant


Puis-je vendre mes actions gratuites si je deviens dirigeant après leur attribution ?


Oui, en principe, sous réserve de respecter les périodes de conservation ou restrictions prévues par le plan d’attribution. Selon l’ANSA, le fait de devenir ensuite mandataire social ne soumet pas automatiquement les actions reçues auparavant comme salarié à l’obligation de conservation jusqu’à la fin du mandat.


Les actions gratuites reçues comme salarié changent-elles de régime si je deviens mandataire social ?


Non. La nomination ultérieure comme dirigeant ne modifie pas rétroactivement le régime applicable aux actions gratuites déjà attribuées. Il faut notamment regarder la qualité du bénéficiaire à la date de l’attribution.


Que se passe-t-il si je reçois de nouvelles actions gratuites après ma nomination comme dirigeant ?


Les nouvelles actions sont, elles, attribuées alors que vous êtes mandataire social. Elles peuvent donc être soumises aux règles spécifiques prévues pour les dirigeants, notamment à une obligation de conservation de tout ou partie des titres jusqu’à la cessation des fonctions.


Comment savoir quelles actions gratuites je dois conserver jusqu’à la fin de mon mandat ?


Il faut vérifier séparément chaque attribution : sa date, votre qualité à cette date, le règlement du plan et les décisions des organes sociaux. Un même dirigeant peut ainsi détenir des actions reçues comme salarié et d’autres reçues comme mandataire social, avec des règles de conservation différentes.


L’avis de l’ANSA permet-il de vendre ses actions sans aucune vérification préalable ?


Non. L’ANSA formule une interprétation doctrinale du Code de commerce, mais d’autres restrictions peuvent s’appliquer : période de conservation du plan, pacte d’actionnaires, statuts, engagements contractuels ou règles relatives aux opérations sur titres. Une vérification de la documentation juridique reste donc nécessaire avant toute cession.


 
 
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