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  • Photo du rédacteurLE BOUARD AVOCATS

Procédures de licenciement collectif : ce qu'il faut savoir


I. Introduction sur le licenciement collectif en France


Lorsqu'une entreprise envisage un licenciement économique collectif, la compréhension des procédures légales et des droits des salariés devient primordiale. Cette démarche, réglementée par le droit du travail, implique des étapes spécifiques que l'employeur doit respecter scrupuleusement. Le licenciement économique collectif se définit par le licenciement de plusieurs salariés pour des raisons non liées à leur personne, mais à des facteurs économiques affectant l'entreprise.


La procédure varie en fonction du nombre de salariés concernés et de la taille de l'entreprise, impliquant des obligations distinctes en termes de consultation et d'information tant envers le comité social et économique (CSE) de l'entreprise qu'envers les autorités administratives compétentes​​.


Ce processus légal complexe nécessite une approche méthodique, où chaque étape doit être menée avec diligence pour assurer la conformité avec les dispositions légales et réglementaires en vigueur. Il est essentiel pour l'employeur de bien comprendre ces exigences afin de minimiser les risques juridiques et de respecter les droits des salariés impliqués.


II. Cadre légal du licenciement collectif


Le licenciement économique collectif, régi par la législation française, impose à l'employeur des procédures spécifiques de consultation et d'information. Ces procédures varient selon le nombre de salariés licenciés sur une période de 30 jours et la taille de l'entreprise​​.


Les entreprises doivent différencier entre le "petit licenciement", concernant de 2 à 9 salariés, et le "grand licenciement", impliquant au moins 10 salariés, les obligations différant significativement en fonction de ces catégories. Notamment, dans les cas de grand licenciement, la procédure varie selon que l'effectif de l'entreprise est inférieur ou égal/supérieur à 50 salariés​​.


Lors de ces procédures, l'employeur doit convoquer le comité social et économique (CSE) par écrit au moins trois jours avant la réunion et fournir les informations nécessaires concernant le projet de licenciement​​. En outre, l'employeur est tenu d'informer la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) en fournissant le procès-verbal de consultation du CSE sur le projet de licenciement et de notifier les licenciements prononcés dans les huit jours suivant l'envoi des lettres de licenciement​​.


Cette distinction entre les différentes catégories de licenciement est cruciale, car elle détermine l'étendue des obligations de l'employeur en termes de consultation et d'information, tant auprès des représentants des salariés que des autorités administratives.


III. Conditions préalables au licenciement collectif


Le licenciement collectif pour motif économique obéit à des procédures spécifiques, plus complexes que celles du licenciement individuel. Ces procédures varient en fonction de l'effectif global de l'entreprise et du nombre de salariés concernés par le licenciement collectif sur une période de 30 jours​​.


Pour les entreprises comptant moins de 11 employés, les procédures de licenciement économique collectif sont similaires à celles du licenciement individuel, à l'exception du délai de réflexion entre l’entretien préalable et la notification du licenciement. Dans ce cas, l’employeur attend seulement 7 jours ouvrables après l’entretien pour notifier le licenciement, qu’il s’agisse des cadres ou des non-cadres​​.


Dans les entreprises de 11 à 49 salariés, les formalités de licenciement économique collectif varient en fonction de la présence ou non de délégués du personnel (DP). Si l'entreprise ne dispose pas de DP, les procédures sont similaires à celles d'une entreprise de moins de 11 employés. Si des DP sont présents, ils doivent être consultés avant toute démarche d’entretien préalable avec les employés à licencier. Cette consultation inclut la présentation du projet de licenciement, les motifs économiques, techniques ou financiers invoqués, et les mesures envisagées pour éviter ou limiter les licenciements, comme les procédures de reclassement et le contrat de sécurisation professionnelle (CSP)​​.


Pour les entreprises de plus de 50 employés, la procédure de licenciement économique d’au moins 10 salariés doit inclure un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) et être précédée d’une consultation du Comité d'entreprise (CE). Cette consultation doit comporter au moins deux réunions, espacées d'au moins 15 jours. L'employeur doit également transmettre à la DIRECCTE tous les renseignements concernant le projet de licenciement de manière dématérialisée via le portail PSE. Le CE émet deux avis sur le projet de licenciement économique collectif et sur ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-15 du Code du travail​​.


IV. Processus de consultation et de négociation


Le licenciement collectif pour motif économique exige une consultation rigoureuse des représentants du personnel, qui diffère selon la taille de l'entreprise. Pour les entreprises de 11 à 49 salariés, les élus du personnel doivent être consultés avant toute démarche d’entretien préalable avec les employés. Cette consultation inclut la présentation du projet de licenciement et des mesures pour éviter ou limiter les licenciements, telles que les procédures de reclassement et le contrat de sécurisation professionnelle (CSP)​​.


Dans les entreprises de moins de 50 employés, la consultation des délégués du personnel est obligatoire avant toute procédure de licenciement. Deux réunions sont nécessaires, espacées de 14 jours maximum, pour discuter du projet de licenciement et collecter les avis des représentants du personnel. Le procès-verbal de ces réunions doit ensuite être transmis à la DIRECCTE​​.


Pour les entreprises de plus de 50 employés, la procédure de licenciement économique de 10 salariés et plus doit comprendre un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) et être précédée d'une consultation du Comité d'entreprise (CE). Cette consultation doit comporter au moins deux réunions, espacées d'au moins 15 jours. Le CE émet deux avis distincts sur le projet de licenciement et ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-15 du Code du travail​​.


V. Mise en œuvre du plan de licenciement collectif


La mise en œuvre d'un plan de licenciement collectif requiert le respect scrupuleux de certaines procédures et formalités administratives, en plus d'une communication transparente et rigoureuse avec les salariés concernés.


Procédures et formalités administratives

  • Pour les entreprises de 11 à 49 salariés ne disposant pas de délégués du personnel (DP), les procédures de licenciement économique sont similaires à celles d'une entreprise de moins de 11 employés. Si des DP sont présents, ils doivent être consultés avant tout entretien préalable avec les employés concernés par le licenciement. Les DP doivent recevoir une convocation pour la réunion, le projet de licenciement ainsi que les modalités de son application, incluant les motifs économiques, techniques ou financiers invoqués, le nombre d’employés à licencier, le calendrier d’exécution, et les catégories professionnelles touchées​​.

  • Dans les entreprises de plus de 50 employés, la procédure de licenciement de 10 salariés et plus doit inclure un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) et une consultation préalable du Comité d'entreprise (CE). Cette consultation doit comporter au moins deux réunions, espacées d'au moins 15 jours. L’employeur est également tenu d’envoyer à la DIRECCTE tous les renseignements concernant le projet de licenciement de manière dématérialisée via le portail PSE. Le CE émet deux avis distincts sur le projet de licenciement économique collectif et ses modalités d'application, en accord avec l'article L. 2323-15 du Code du travail​​.

Communication avec les salariés concernés

  • L'employeur doit informer les salariés concernés par le licenciement économique. Dans le cas des entreprises comptant moins de 50 employés, la première réunion vise l’information et la consultation des avis des DP, tandis que la seconde est dédiée au dialogue. Après ces concertations, les employés disposent de 14 jours pour accepter ou refuser les conventions de reclassement proposées​​.

  • Pour les entreprises de plus de 50 employés, la communication doit s'effectuer en accord avec les recommandations du CE et respecter les étapes définies par le PSE, en veillant à respecter les droits et les options offertes aux salariés dans le cadre de la restructuration.


Cette démarche méthodique assure non seulement la conformité aux obligations légales, mais contribue également à maintenir un climat de confiance et de respect mutuel dans un contexte souvent difficile pour les employés comme pour l'employeur.

VI. Droits des salariés et indemnités en cas de licenciement collectif


Dans le cadre d'un licenciement économique collectif, les droits des salariés et les modalités de calcul des indemnités sont strictement réglementés par le Code du travail français. Ces mesures visent à assurer une protection adéquate aux employés affectés par de telles restructurations.


Droits des employés en cas de licenciement collectif

  • Les salariés licenciés pour motif économique bénéficient d'une indemnité de licenciement. Cette indemnité, calculée en fonction de l'ancienneté du salarié, est prévue par l'article L1234-9 du Code du travail, qui stipule un droit à indemnisation après au moins 8 mois d'ancienneté ininterrompue​​.

  • Dans le cas d'un licenciement intervenant dans le cadre d'un Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE), les salariés peuvent avoir droit à une indemnité supplémentaire, dite supralégale. Cette indemnité est négociée entre les représentants du personnel et l'employeur, et son montant est fixé en vertu des accords collectifs propres à chaque entreprise​​.

Calcul et paiement des indemnités de licenciement

  • L'indemnité de licenciement est calculée sur la base de la moyenne des salaires bruts des 12 derniers mois, ou, si cela est plus favorable pour le salarié, sur les 3 derniers mois, incluant primes et autres éléments variables du salaire. Ces modalités de calcul sont détaillées dans l'article L1234-11 du Code du travail​​.

  • Les salariés ont également droit à une indemnité compensatrice de préavis, si ce dernier n'est pas effectué, et à une indemnité compensatrice de congés payés pour les jours non pris.

Il convient de noter que les salariés licenciés économiquement peuvent accéder à des mesures d'accompagnement, telles que le contrat de sécurisation professionnelle (CSP). Ce dispositif offre un soutien dans la recherche d'un nouvel emploi et des opportunités de formation, visant à faciliter la réinsertion professionnelle des salariés concernés et à atténuer l'impact du licenciement sur leur carrière. ​​


VII. Conséquences juridiques pour l'employeur


Le non-respect des procédures légales en matière de licenciement collectif peut engendrer des conséquences juridiques et financières significatives pour l'employeur.


Risques juridiques et financiers en cas de non-conformité

  • Un licenciement déclaré irrégulier, en cas de non-respect de la procédure légale de licenciement, peut entraîner le paiement d'une indemnité ne dépassant pas un mois de salaire, et ce, indépendamment de la taille de l'entreprise. Cette sanction est prévue par l'article L. 1235-2 du Code du travail depuis la réforme de 2017​​.

  • La non-conformité peut inclure la violation des règles relatives à la convocation du salarié, à l'entretien préalable au licenciement ou à la notification du licenciement. Des motifs de licenciement insuffisamment précis peuvent également être qualifiés d'irrégularité​​.

Exemples de litiges et de jurisprudence

  • Il est important de noter que l'indemnité pour irrégularité n'est pas automatiquement due ; le salarié doit démontrer la réalité de son préjudice, et l'évaluation de ce préjudice relève de l'appréciation des juges du fond, comme l'illustre un arrêt du 13 septembre 2017 (N°16-13.578)​​.

  • En cas de licenciement déclaré nul, une indemnité distincte pour irrégularité de la procédure peut être versée, comme le précise un arrêt de la Cour de cassation du 23 janvier 2008 (N°06-42.919)​​.

Ces implications juridiques soulignent l'importance pour l'employeur de respecter scrupuleusement les procédures de licenciement collectif pour éviter des conséquences potentiellement lourdes, tant sur le plan financier que sur le plan de la réputation de l'entreprise.


VIII. Conseils pratiques pour les employeurs


La gestion d'un licenciement collectif nécessite une approche minutieuse et transparente de la part des employeurs. Voici quelques conseils pratiques pour naviguer efficacement dans ce processus complexe :


Bonnes pratiques pour gérer un licenciement collectif

  • Avant tout, il est primordial de s'assurer que les motifs du licenciement sont bien fondés et conformes aux critères légaux, notamment en termes de difficultés économiques ou de mutations technologiques, comme défini à l'article L1233-3 du Code du travail​​.

  • L'employeur doit s'efforcer de mettre en place des mesures d'adaptation et de formation pour les salariés, afin de favoriser leur maintien en emploi ou leur reclassement au sein de l'entreprise ou du groupe. Cette démarche est conforme à l'obligation légale d'adaptation et de reclassement prévue à l'article L2233-4 du Code du travail​​.

Importance de la transparence et du respect des procédures

  • Une communication claire et transparente avec les salariés concernés est essentielle tout au long du processus. Cela inclut la fourniture d'informations précises sur les raisons du licenciement, les critères de sélection des employés licenciés et les mesures d'accompagnement proposées.

  • Le respect scrupuleux des étapes procédurales, y compris les consultations obligatoires avec les représentants du personnel et les notifications à l'autorité administrative, est crucial pour éviter les contentieux et les sanctions. Les employeurs doivent s'assurer de suivre les directives légales à chaque étape du processus pour garantir une procédure équitable et légale.


Une gestion prudente et respectueuse du cadre légal lors d'un licenciement collectif est indispensable pour les employeurs. Cela permet non seulement d'éviter des conséquences juridiques onéreuses, mais aussi de maintenir un climat de confiance et de respect au sein de l'entreprise.

IX. Conclusion


La gestion d'un licenciement collectif est une démarche complexe, encadrée par des règles précises et strictes définies dans le Code du travail français. Il est crucial pour les employeurs de comprendre et de respecter ces réglementations, non seulement pour éviter les conséquences juridiques et financières, mais également pour maintenir un environnement de travail sain et respectueux. Le respect des procédures, la communication transparente avec les salariés et la consultation des représentants du personnel sont des éléments essentiels pour assurer une procédure de licenciement équitable et conforme.


X. FAQ sur le licenciement collectif


Qu'est-ce qu'un licenciement économique collectif ?


Le licenciement économique collectif se définit comme un licenciement effectué pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié, résultant de facteurs tels que des difficultés économiques, mutations technologiques, ou une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de l'entreprise​​.


Quelles sont les obligations préalables de l'employeur avant un licenciement économique collectif ?


Avant de procéder à un licenciement collectif, l'employeur doit mettre en œuvre des efforts de formation et d'adaptation des salariés à d'autres postes, ainsi que tenter de reclasser les salariés au sein de l'entreprise ou du groupe​​​​.


Quelles indemnités sont dues après un licenciement économique collectif ?


Les salariés licenciés ont droit à une indemnité de licenciement prévue par la loi, la convention collective ou le contrat de travail. Dans certains cas, comme un licenciement nul, injustifié ou irrégulier, une indemnité supplémentaire peut être demandée​​.


Qu'en est-il des indemnités compensatrices de congés payés et de préavis ?


Si le salarié n'a pas pris la totalité de ses congés payés acquis, une indemnité compensatrice de congés payés lui sera versée. Une indemnité compensatrice de préavis est également due si le salarié n'exécute pas son préavis​​.


Est-il possible pour l’employeur d’embaucher après un licenciement économique collectif ?


Oui, mais l'employeur doit respecter certaines conditions et priorités de réembauche pour les salariés licenciés.


Quels sont les critères pour définir un licenciement collectif ?


Un licenciement est considéré comme collectif dès qu'il concerne plus d'une personne pour des motifs économiques.


Comment l'employeur doit-il consulter les représentants du personnel ?


L'employeur est tenu de consulter les représentants du personnel, en fournissant toutes les informations nécessaires sur le projet de licenciement, y compris les motifs économiques, le nombre de licenciements envisagés, et les mesures d'accompagnement proposées.


Quelles sont les étapes d'une procédure de licenciement collectif ?


Les étapes incluent l'information et la consultation des représentants du personnel, l'élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi si nécessaire, et la notification des licenciements à l'autorité administrative.


Quels sont les droits de recours pour les salariés licenciés ?


Les salariés peuvent contester leur licenciement devant les tribunaux compétents s'ils estiment que les procédures n'ont pas été respectées ou que les motifs du licenciement ne sont pas justifiés.


Quel est le rôle de la DIRECCTE dans les licenciements collectifs ?


La DIRECCTE doit être informée des licenciements collectifs et peut intervenir pour s'assurer que toutes les procédures légales ont été respectées et que les mesures d'accompagnement sont adéquates.

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