top of page

Audition libre du dirigeant en enquête pénale : quels sont vos droits en tant que chef d’entreprise ?

  • Photo du rédacteur: Le Bouard Avocats
    Le Bouard Avocats
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Quels sont les droits du dirigeant d'entreprise lors d’une audition libre en enquête pénale ?


  • Un dirigeant peut être entendu en audition libre lorsqu’une société est soupçonnée d’infraction pénale, même avant toute poursuite formelle.

  • Dans ce cadre, il ne peut pas être assimilé à un simple témoin : il représente juridiquement la personne morale.

  • Il doit être informé, avant toute audition, de la nature des faits reprochés, de son droit de se taire et de quitter les lieux à tout moment.

  • Il peut se faire assister par un avocat lorsque l’infraction encourt une peine d’emprisonnement, afin de sécuriser ses déclarations.

  • Une audition irrégulière n’est pas automatiquement annulée, mais elle peut fragiliser la procédure si elle a joué un rôle déterminant dans la condamnation.



audition libre dirigeant entreprise


Lorsqu’un chef d’entreprise est convoqué par les services d’enquête dans le cadre d’une procédure pénale, la situation est rarement anodine. Même lorsque la convocation évoque une simple « audition libre », le dirigeant se retrouve exposé à des enjeux juridiques majeurs, souvent sous-estimés.


La question des droits applicables à cette audition, notamment lorsque le dirigeant est entendu au nom de la société, est centrale pour la défense des intérêts de l’entreprise.


Une récente clarification du droit positif rappelle que le statut de représentant légal ne prive pas le dirigeant des garanties fondamentales prévues par le Code de procédure pénale. Bien au contraire.


L’audition libre : un cadre juridique contraignant, malgré son apparente souplesse


L’audition libre est fréquemment présentée comme une mesure légère, dépourvue de caractère coercitif.


Cette perception est trompeuse. Si elle se distingue formellement de la garde à vue, l’audition libre demeure un acte de procédure strictement encadré, dès lors que la personne entendue est soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre une infraction.


Le Code de procédure pénale prévoit expressément que toute personne faisant l’objet d’un soupçon doit être informée, avant son audition, d’un ensemble de droits destinés à garantir l’équilibre de la procédure et le respect des droits de la défense.


Ces garanties ne sont ni accessoires ni facultatives. Elles conditionnent la régularité même de l’audition.


Le dirigeant entendu pour les faits reprochés à la société : une situation juridiquement spécifique


Dans le cadre d’infractions économiques, financières ou liées au droit du travail, les enquêteurs auditionnent très souvent le dirigeant de l’entreprise. Celui-ci est alors entendu non pas nécessairement à titre personnel, mais en sa qualité de représentant légal de la personne morale.


Cette situation soulève une difficulté juridique majeure :le dirigeant doit-il être traité comme un simple témoin ou comme le représentant d’une entité soupçonnée d’infraction pénale ?


La réponse est désormais clairement établie : lorsque la société est soupçonnée, le dirigeant entendu en cette qualité ne peut être assimilé à un témoin ordinaire. Il agit comme le prolongement juridique de la personne morale.


Les droits du dirigeant lors d’une audition libre en enquête préliminaire


Dès lors que les enquêteurs disposent d’éléments laissant présumer l’existence d’une infraction, le dirigeant doit bénéficier de l’intégralité des droits attachés à l’audition libre.

Concrètement, il doit être informé, préalablement à toute question :


  • de la qualification juridique des faits susceptibles d’être reprochés à la société,

  • de la date et du lieu présumés de commission de l’infraction,

  • du droit de quitter librement les locaux à tout moment,

  • du droit de faire des déclarations, de répondre aux questions ou de se taire,

  • du droit d’être assisté par un avocat lorsque l’infraction encourt une peine d’emprisonnement,

  • le cas échéant, du droit à l’assistance d’un interprète.


Ces droits ne sont pas attachés à la personne physique du dirigeant, mais à la situation de soupçon pesant sur la personne morale qu’il représente.

Une erreur fréquente : confondre audition du dirigeant et régime applicable à la société poursuivie


Dans la pratique, une confusion persiste entre deux régimes juridiques distincts.

D’un côté, le régime applicable au représentant légal d’une société déjà poursuivie pénalement, qui limite les mesures de contrainte pouvant être exercées à son encontre.


De l’autre, le régime applicable au stade de l’enquête préliminaire, lorsque la société n’est pas encore poursuivie, mais seulement soupçonnée.


Tant que l’action publique n’est pas engagée contre la personne morale, le dirigeant entendu à ce stade relève pleinement du régime de l’audition libre. Les garanties prévues par le Code de procédure pénale doivent alors être strictement respectées.


L’absence de notification des droits : une irrégularité aux conséquences variables


L’omission de l’information préalable sur les droits constitue une irrégularité procédurale. Toutefois, en droit pénal, toute irrégularité n’entraîne pas automatiquement la nullité de l’acte concerné.


Pour qu’une audition soit annulée, encore faut-il démontrer que cette irrégularité a porté atteinte aux intérêts de la défense. En pratique, cela suppose d’établir que l’audition litigieuse a joué un rôle déterminant dans la caractérisation de l’infraction ou dans la condamnation ultérieure de la société.


À défaut, l’irrégularité peut être constatée sans entraîner l’annulation de la procédure.

Pourquoi l’audition libre constitue un moment stratégique pour la défense du dirigeant


L’audition libre intervient souvent à un stade précoce de la procédure, lorsque les faits ne sont pas encore juridiquement stabilisés. Les déclarations du dirigeant peuvent alors orienter durablement l’analyse des enquêteurs et du parquet.


Un propos imprécis, une reconnaissance maladroite ou une explication incomplète peuvent suffire à caractériser un manquement, une négligence ou une imprudence imputable à la société.


Il s’agit donc d’un moment stratégique, qui appelle une préparation rigoureuse et une parfaite maîtrise des enjeux juridiques.


L’accompagnement par un avocat : une nécessité, non une option


Contrairement à une idée répandue, solliciter l’assistance d’un avocat lors d’une audition libre ne constitue ni un aveu de culpabilité ni un acte de défiance à l’égard des enquêteurs.


Il s’agit d’un droit fondamental, dont l’exercice permet :


  • de sécuriser les déclarations du dirigeant,

  • de vérifier la régularité de la procédure,

  • d’anticiper les suites pénales éventuelles,

  • de préserver les intérêts de la société sur le long terme.


Dans de nombreux dossiers, une audition mal préparée conditionne l’issue de la procédure bien davantage que le débat judiciaire lui-même.

Une vigilance accrue pour les chefs d’entreprise


L’audition libre du dirigeant en enquête pénale ne doit jamais être abordée avec légèreté. Lorsqu’une société est soupçonnée d’infraction, son représentant légal bénéficie de garanties procédurales précises, destinées à protéger les droits de la défense.


La méconnaissance de ces droits peut fragiliser la procédure, mais surtout exposer inutilement l’entreprise à un risque pénal accru. Pour le chef d’entreprise, connaître ses droits et se faire accompagner dès les premiers actes de l’enquête constitue un levier essentiel de protection juridique.


FAQ – Audition libre du dirigeant en enquête pénale


Un dirigeant peut-il refuser de se rendre à une audition dite « libre » ?


Oui. Par principe, l’audition libre repose sur l’absence de contrainte. Le dirigeant convoqué dans ce cadre conserve le droit de ne pas se présenter ou de quitter les lieux à tout moment. Toutefois, un refus pur et simple peut conduire les enquêteurs à envisager des mesures procédurales plus contraignantes si les conditions légales sont réunies.


En pratique, il est préférable de ne jamais ignorer une convocation, mais d’en analyser la portée avec un avocat afin de déterminer la stratégie la plus adaptée, y compris les conditions dans lesquelles l’audition peut se tenir.


Le dirigeant est-il entendu à titre personnel ou au nom de la société ?


Tout dépend du contexte de l’enquête. Lorsque les faits reprochés concernent le fonctionnement de l’entreprise, le respect des règles de sécurité, ou des décisions de gestion, le dirigeant est généralement entendu en sa qualité de représentant légal de la personne morale. Cela signifie que ses déclarations engagent directement la société.


Cette distinction est essentielle, car elle conditionne l’application des garanties procédurales et l’analyse ultérieure de la responsabilité pénale de l’entreprise.


Quels sont les risques pour l’entreprise lors d’une audition libre du dirigeant ?


L’audition libre intervient souvent à un stade précoce de la procédure, alors que les faits ne sont pas encore juridiquement qualifiés de manière définitive. Les déclarations du dirigeant peuvent servir de base à la caractérisation d’un manquement, d’une négligence ou d’une imprudence imputable à la société.


Un propos mal formulé ou une reconnaissance imprécise peut suffire à étayer une mise en cause pénale. C’est pourquoi cette phase de la procédure est stratégique et nécessite une vigilance accrue.


L’assistance d’un avocat est-elle réellement utile lors d’une audition libre ?


Oui, et dans de nombreux cas, elle est déterminante. L’avocat intervient non seulement pour rappeler les droits du dirigeant, mais aussi pour encadrer juridiquement les déclarations, éviter toute confusion entre responsabilité personnelle et responsabilité de la société, et anticiper les suites possibles de la procédure.


L’assistance d’un avocat permet également de s’assurer de la régularité de l’audition et de préserver les moyens de défense en cas de poursuites ultérieures.


Une audition irrégulière peut-elle entraîner l’annulation de la procédure ?


Une irrégularité, telle que l’absence d’information sur les droits du dirigeant, ne conduit pas automatiquement à l’annulation de l’audition ou de la procédure.


En droit pénal, la nullité suppose la démonstration d’un grief, c’est-à-dire d’une atteinte effective aux droits de la défense. Si l’audition litigieuse a joué un rôle déterminant dans la mise en cause ou la condamnation de la société, la nullité peut être invoquée. À défaut, l’irrégularité pourra être constatée sans entraîner de sanction procédurale.


 
 
bottom of page