Harcèlement moral managérial : peut-on être victime sans être personnellement visé ?
- Le Bouard Avocats

- il y a 3 jours
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Peut-on être victime d’un harcèlement moral managérial sans être personnellement visé ?
Oui, un salarié peut être reconnu victime de harcèlement moral même si les agissements ne lui étaient pas spécifiquement destinés.
Des méthodes de management collectives peuvent suffire dès lors qu’elles dégradent les conditions de travail.
Le harcèlement moral est apprécié au regard de ses effets sur la santé physique ou mentale, et non de l’intention de nuire.
Le salarié doit présenter des éléments laissant supposer un harcèlement, l’employeur devant ensuite justifier ses pratiques.
Un climat de travail toxique, répété et généralisé peut engager la responsabilité de l’employeur.

Le harcèlement moral au travail est souvent perçu comme une succession d’agissements ciblant directement un salarié identifié. Pourtant, dans la pratique, certaines situations sont plus diffuses.
Pressions généralisées, management autoritaire, climat anxiogène : ces méthodes peuvent affecter l’ensemble d’une équipe sans qu’aucun salarié ne soit désigné comme cible principale.
Une question revient alors fréquemment, tant chez les salariés que chez les professionnels des ressources humaines : un harcèlement moral peut-il être reconnu lorsque les agissements ne visent pas personnellement le salarié ?
La réponse apportée par le droit du travail est aujourd’hui claire.
Qu’est-ce que le harcèlement moral managérial ?
Le harcèlement moral est défini par l’article L. 1152-1 du Code du travail, qui interdit tout agissement répété ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d’altérer sa santé physique ou mentale, ou de compromettre son avenir professionnel.
Cette définition légale n’exige ni intention de nuire, ni ciblage personnel. Elle repose exclusivement sur les effets produits par les agissements sur la situation du salarié.
Le harcèlement moral managérial désigne ainsi des pratiques de gestion qui, par leur répétition ou leur intensité, dégradent les conditions de travail des salariés.
Il ne s’agit pas nécessairement d’actes isolés ou d’un comportement dirigé contre une personne précise, mais d’un mode de management global.
Ces pratiques peuvent notamment prendre la forme de :
pressions constantes pour atteindre des objectifs irréalistes,
remarques humiliantes ou dévalorisantes,
menaces implicites sur l’emploi,
surcharge de travail chronique,
absence de reconnaissance ou de soutien hiérarchique,
mise en concurrence permanente des salariés.
Lorsque ces méthodes affectent durablement le cadre de travail et la santé des salariés, elles peuvent être juridiquement qualifiées de harcèlement moral.
Faut-il être personnellement ciblé pour caractériser un harcèlement moral ?
Contrairement à une idée répandue, le harcèlement moral n’exige pas que le salarié démontre avoir été personnellement pris pour cible.
Le droit du travail retient une approche fondée sur les effets des agissements et non sur leur intention.Dès lors que des méthodes de gestion ont pour conséquence de dégrader les conditions de travail d’un salarié et sont susceptibles d’altérer sa santé physique ou mentale, le harcèlement peut être caractérisé.
Un salarié peut ainsi être reconnu victime d’un harcèlement managérial même si :
les pratiques concernent l’ensemble d’un service,
les reproches ne lui sont pas exclusivement adressés,
les agissements s’inscrivent dans une politique managériale globale.
Comment prouver un harcèlement moral managérial ?
La preuve du harcèlement moral repose sur un mécanisme spécifique, conçu pour tenir compte de la difficulté pour le salarié d’apporter des preuves directes.
Le salarié doit présenter des éléments laissant supposer l’existence d’un harcèlement. Ces éléments sont appréciés dans leur ensemble et peuvent notamment résulter de :
témoignages de collègues,
échanges écrits ou comptes rendus,
certificats médicaux ou arrêts de travail,
alertes adressées à l’employeur,
conclusions d’une enquête interne,
constats émanant d’organismes extérieurs.
Une fois ces éléments réunis, il appartient à l’employeur de démontrer que les faits reprochés sont justifiés par des éléments objectifs et étrangers à toute situation de harcèlement, conformément à l’article L. 1154-1 du Code du travail.
Les méthodes de management peuvent-elles suffire à caractériser un harcèlement ?
Oui. Les juges prennent de plus en plus en considération la cohérence globale du management et ses conséquences sur les salariés.
Des méthodes de gestion répétées, même appliquées à plusieurs salariés simultanément, peuvent suffire à caractériser un harcèlement moral lorsqu’elles entraînent :
une détérioration durable des conditions de travail,
un climat de stress permanent,
une multiplication des arrêts de travail,
une altération de la santé mentale ou physique,
un sentiment d’insécurité professionnelle.
L’absence de ciblage individuel n’exonère donc pas l’employeur de sa responsabilité.
Quel est le rôle du juge dans l’appréciation du harcèlement moral ?
Le juge examine l’ensemble des éléments soumis par les parties. Il apprécie les faits dans leur globalité, en tenant compte du contexte professionnel, des pratiques managériales et de leurs effets concrets sur les salariés concernés.
Son rôle n’est pas de rechercher une intention de nuire, mais d’évaluer si les agissements constatés ont objectivement dégradé les conditions de travail et porté atteinte à la santé ou à la dignité du salarié.
Quels risques pour l’employeur en cas de harcèlement managérial ?
Lorsque le harcèlement moral est reconnu, les conséquences pour l’employeur peuvent être lourdes :
condamnation au versement de dommages-intérêts,
remise en cause de certaines décisions disciplinaires,
nullité d’une rupture du contrat de travail,
atteinte à l’image de l’entreprise,
tensions sociales durables.
Il appartient à l’employeur de prévenir ces situations par des pratiques managériales respectueuses et des dispositifs de prévention des risques psychosociaux.
Que doivent faire les salariés confrontés à un management toxique ?
Face à des méthodes de gestion abusives, les salariés ne doivent pas rester isolés. Il est recommandé de :
consigner les faits de manière chronologique,
échanger avec les représentants du personnel,
solliciter un avis médical en cas d’impact sur la santé,
signaler la situation selon les procédures internes,
se faire accompagner juridiquement si nécessaire.
FAQ – Harcèlement moral managérial
Peut-on parler de harcèlement moral sans être personnellement ciblé ?
Oui. Des méthodes de gestion collectives peuvent suffire dès lors qu’elles dégradent les conditions de travail et affectent la santé ou la dignité des salariés.
Quelles méthodes de management peuvent être considérées comme du harcèlement moral ?
Des pratiques répétées telles que pressions constantes, propos humiliants, objectifs irréalistes ou climat anxiogène peuvent caractériser un harcèlement moral.
Comment un salarié peut-il prouver un harcèlement moral managérial ?
En présentant des éléments laissant supposer un harcèlement. L’employeur doit ensuite justifier ses pratiques par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
L’employeur est-il responsable d’un harcèlement moral collectif ?
Oui. Sa responsabilité peut être engagée lorsque les méthodes de gestion dégradent les conditions de travail et portent atteinte à la santé des salariés.
Que peut faire une RH face à un signalement de harcèlement managérial ?
La RH doit agir rapidement, analyser la situation de manière objective, diligenter une enquête interne impartiale et mettre en place des mesures de prévention adaptées. des risques psychosociaux.
Comment reconnaître le harcèlement managérial ?
Le harcèlement managérial se caractérise par des agissements de harcèlement répétés, inscrits dans une forme de harcèlement liée aux méthodes de gestion. Il s’agit d’une situation de harcèlement dans laquelle les pratiques managériales dégradent les conditions de travail et relèvent du harcèlement moral au travail ou du harcèlement psychologique.
Pour caractériser un harcèlement, il convient d’analyser les faits dans leur ensemble : pressions constantes, dénigrement, objectifs irréalistes ou climat anxiogène.
La mauvaise foi de l’employeur n’a pas à être démontrée. Seuls les effets des agissements sur les conditions de travail et la santé du salarié sont pris en compte.
Quelles sont les solutions contre le harcèlement ?
Il existe 5 solutions pour stopper le harcèlement managérial, tant du point de vue de l’entreprise que des salariés :
la prévention des risques psychosociaux,
la formation des managers,
le signalement des situations à risque,
l’accompagnement des salariés concernés,
l’amélioration durable des conditions de travail.
Ces mesures permettent d’assurer un soutien effectif aux salariés et de protéger vos équipes face aux pratiques managériales abusives.
Quels sont les droits des victimes ?
Toute victime de harcèlement moral bénéficie d’une protection renforcée. Lorsqu’il y a atteinte à ses droits, le droit du travail et le droit social prévoient plusieurs recours possibles.
La victime dispose notamment d’un droit à la protection, peut engager une action en justice et demander la sanction des comportements fautifs. L’employeur est tenu de faire cesser les agissements et de réparer le préjudice subi.
Comment le harcèlement affecte-t-il la santé ?
Le harcèlement managérial peut altérer la santé physique et la santé physique ou mentale des salariés. Il s’inscrit dans une problématique de santé au travail, liée à la dégradation des conditions professionnelles.
La souffrance au travail peut se traduire par des troubles anxieux, un épuisement professionnel ou des arrêts de travail répétés. Le harcèlement constitue un risque managérial majeur, souvent associé à une pression psychologique constante exercée sur les salariés.
Quelles méthodes de gestion sont abusives ?
Certaines méthodes de gestion peuvent être considérées comme abusives lorsqu’elles reposent sur un management autoritaire, un management par la peur ou un comportement toxique.
Des agissements répétés tels que la mauvaise gestion des équipes, le dénigrement, les pressions excessives ou les menaces implicites peuvent suffire à caractériser un harcèlement moral managérial, même sans ciblage individuel.
Comment signaler un harcèlement managérial ?
Le signalement d’un harcèlement managérial peut prendre plusieurs formes. Le salarié peut déclencher une alerte interne selon la procédure prévue par l’entreprise, engager une démarche auprès de l’employeur ou saisir les représentants du personnel.
En l’absence de réponse adaptée, il est possible de saisir le conseil de prud’hommes, de contacter l’inspection du travail ou de déposer une plainte. Un accompagnement juridique est recommandé afin de sécuriser les démarches.



