Comprendre la faute inexcusable de l'employeur
- Le Bouard Avocats
- 1 févr. 2024
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 déc. 2025
Comprendre la faute inexcusable de l’employeur
La faute inexcusable est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir connaissance d’un danger et n’a pas pris les mesures nécessaires pour protéger le salarié, engageant ainsi sa responsabilité financière et juridique.
Deux critères déterminent la faute inexcusable : la connaissance du risque par l’employeur et l’absence de prévention suffisante, même en cas de simple négligence.
Sa reconnaissance ouvre droit à une indemnisation complémentaire, permettant la réparation intégrale des préjudices physiques, psychologiques et économiques subis par la victime.
La procédure peut être amiable ou contentieuse, et comprend des étapes strictes : déclaration, conciliation avec la CPAM, saisine du tribunal judiciaire, preuve de la connaissance du danger et démonstration de l’inaction.
Les conséquences pour l’employeur sont importantes : majoration de la rente, remboursement des indemnités versées par la CPAM et possibles impacts sur son patrimoine personnel, renforçant l’importance d’une prévention efficace.
Introduction à la faute inexcusable de l'employeur
Dans le cadre des relations de travail, la sécurité des salariés constitue une préoccupation majeure, imposant à l'employeur une obligation de résultat quant à la protection de la santé physique et mentale de ses employés.
Lorsqu'un manquement à cette obligation conduit à un ou à une maladie professionnelle, la notion de faute inexcusable de l'employeur entre en jeu, ouvrant droit pour la victime ou ses ayants droit à une indemnisation complémentaire significative.
Définition juridique de la faute inexcusable
Selon l'article L. 452-1 du Code de la sécurité sociale, la faute inexcusable de l'employeur est caractérisée lorsque ce dernier a manqué à son devoir de sécurité envers le salarié, en négligeant de prendre les mesures nécessaires pour le protéger d'un danger dont il avait ou aurait dû avoir connaissance.
Cette définition, bien que non explicitée dans le texte de loi, a été précisée par la jurisprudence, soulignant l'importance de la connaissance du risque et de l'absence de mesures préventives adéquates.

Les critères de reconnaissance de la faute inexcusable
La reconnaissance de la faute inexcusable repose sur deux piliers principaux : la connaissance du danger par l'employeur et son inaction face à ce risque.
Il est crucial de noter que la gravité de la faute n'est pas un critère déterminant ; une simple négligence peut suffire à caractériser la faute inexcusable, pourvu que le lien de causalité avec l'accident ou la maladie soit établi.
Exemples et jurisprudence
La jurisprudence regorge d'exemples illustrant la faute inexcusable de l'employeur, allant des cas de maladies professionnelles dues à l'exposition à des substances dangereuses, comme l'amiante, à des situations de harcèlement moral du salarié ayant des conséquences dramatiques sur leur santé mentale.
Ces exemples mettent en lumière la diversité des situations pouvant engendrer une faute inexcusable et l'importance pour l'employeur de prendre en compte tous les risques potentiels, qu'ils soient physiques ou psychologiques.
L'exclusion des accidents de trajet
Il est important de souligner que la faute inexcusable de l'employeur ne s'applique qu'aux accidents survenus dans le cadre du travail et aux maladies professionnelles.
Les accidents de trajet, bien qu'intégrés dans la catégorie des accidents du travail, ne relèvent pas de cette notion, limitant ainsi le champ d'application de la faute inexcusable.
Qui peut être tenu responsable ?
La responsabilité de la faute inexcusable peut incomber directement à l'employeur ou à un représentant de l'employeur ayant reçu une délégation de pouvoir.
Cette délégation doit être clairement établie et conférer au délégataire l'autorité, les compétences et les moyens nécessaires pour prévenir les risques professionnels.
Impact de la faute de la victime
La faute de la victime n'exclut pas la reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur. Seule une faute intentionnelle de la victime, d'une gravité exceptionnelle, pourrait atténuer la responsabilité de l'employeur. Cette approche souligne la primauté de l'obligation de sécurité de l'employeur, indépendamment du comportement du salarié.
Procédure de reconnaissance et d'indemnisation de la faute inexcusable d'un employeur
La procédure de reconnaissance de la faute inexcusable implique une démarche probatoire à la charge de la victime, qui doit démontrer la connaissance du risque par l'employeur et l'absence de mesures de prévention. Cette procédure peut être initiée de manière amiable via une conciliation avec la CPAM ou de manière contentieuse devant le tribunal judiciaire.
Indemnisation de la victime de la faute inexcusable
En cas de reconnaissance de la faute inexcusable, la victime bénéficie d'une indemnisation étendue couvrant l'ensemble des préjudices subis, bien au-delà du cadre forfaitaire des accidents du travail. Cette indemnisation vise à réparer intégralement les dommages, tant physiques que moraux, résultant de l'accident ou de la maladie professionnelle.
Conséquences de reconnaissance de la faute inexcusable pour l'employeur
La reconnaissance de la faute inexcusable engage la responsabilité financière de l'employeur, qui doit prendre en charge l'indemnisation complémentaire de la victime. Cette responsabilité peut avoir des répercussions importantes sur le patrimoine de l'employeur et souligne l'importance d'une politique de prévention des risques efficace au sein de l'entreprise.
La faute inexcusable de l'employeur constitue un enjeu majeur en matière de droit du travail, rappelant aux employeurs leur devoir impératif de protéger la santé et la sécurité de leurs salariés. Elle incite à une vigilance constante et à la mise en œuvre de mesures préventives adaptées pour prévenir tout risque de dommage.
Procédure de reconnaissance de la faute inexcusable
La reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur nécessite une démarche spécifique, impliquant plusieurs étapes clés :
Démarche initiale et délais
La victime ou ses ayants droit doivent initier la procédure dans un délai de deux ans suivant l'accident du travail ou la date de consolidation de la maladie professionnelle. Ce délai peut être interrompu ou suspendu sous certaines conditions, notamment en cas d'action pénale ou de reconnaissance du caractère professionnel de l'accident ou de la maladie.
Phase de conciliation
Avant d'engager une procédure contentieuse, une phase de conciliation peut être initiée par la CPAM ou à la demande de la victime. Cette étape vise à trouver un accord amiable entre l'employeur et la victime sur la reconnaissance de la faute et sur l'indemnisation.
Procédure contentieuse
En l'absence d'accord amiable, la victime peut saisir le tribunal judiciaire pour faire reconnaître la faute inexcusable de l'employeur et obtenir réparation. La procédure judiciaire nécessite la présentation de preuves et peut s'avérer complexe.

Indemnisation en cas de faute inexcusable
La reconnaissance de la faute inexcusable ouvre droit à une indemnisation étendue pour la victime, allant au-delà du cadre forfaitaire des accidents du travail.
Réparation intégrale des préjudices
La victime peut prétendre à la réparation intégrale des préjudices subis, incluant les souffrances physiques et morales, les préjudices esthétiques et d'agrément, ainsi que les pertes de revenus et les impacts sur la carrière professionnelle.
Majoration de la rente
La rente versée par la sécurité sociale en cas d'incapacité permanente est majorée pour tenir compte de la faute inexcusable de l'employeur, offrant ainsi une meilleure protection financière à la victime.
Implications pour l'employeur
La reconnaissance de la faute inexcusable a des conséquences significatives pour l'employeur, tant sur le plan financier que sur le plan de la responsabilité personnelle.
Prise en charge financière
L'employeur est tenu de rembourser à la CPAM les sommes versées au titre de l'indemnisation majorée et de prendre en charge directement les préjudices indemnisés au-delà du cadre forfaitaire.
Impact sur le patrimoine personnel
La responsabilité liée à la faute inexcusable peut impacter le patrimoine personnel de l'employeur, soulignant l'importance d'une couverture d'assurance adéquate pour se prémunir contre les risques financiers.
La faute inexcusable de l'employeur constitue un levier important pour la protection des salariés, en renforçant l'obligation de sécurité qui incombe à l'employeur.
Elle incite les entreprises à adopter une démarche proactive en matière de prévention des risques professionnels, afin d'éviter les conséquences parfois lourdes associées à la reconnaissance de cette faute.
La vigilance, la formation et l'engagement de tous les acteurs de l'entreprise sont essentiels pour garantir un environnement de travail sûr et préserver la santé et la sécurité des salariés.
FAQ – Faute inexcusable de l’employeur
Comment la faute inexcusable de l’employeur est-elle définie ?
Elle est reconnue lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir connaissance d’un danger et n’a pas mis en place les mesures nécessaires pour protéger le salarié. Cette notion repose sur l’obligation de sécurité renforcée que lui impose le Code du travail et que la jurisprudence qualifie d’obligation de résultat.
Quels sont les critères retenus pour établir une faute inexcusable ?
Deux éléments sont indispensables : la connaissance du risque par l’employeur et l’absence de mesures préventives adaptées. Il n’est pas nécessaire de démontrer une faute grave. Une négligence, un défaut d’information, une absence de formation ou l’absence de protection peuvent suffire dès lors qu’un lien existe avec l’accident ou la maladie professionnelle.
Quelles indemnités peut obtenir la victime en cas de faute inexcusable ?
La reconnaissance de la faute inexcusable ouvre droit à une indemnisation complémentaire couvrant l’ensemble des préjudices : souffrances physiques et morales, préjudice professionnel, esthétique, perte de revenus ou incidence sur la carrière. La rente d’incapacité permanente est également majorée.
Comment se déroule la procédure de reconnaissance ?
Elle débute par une démarche auprès de la CPAM qui peut organiser une tentative de conciliation. En cas d’échec, la victime peut saisir le tribunal judiciaire. Le salarié doit démontrer la connaissance du danger par l’employeur et son inaction. Le contentieux est souvent technique et nécessite la production de preuves solides.
L’accident de trajet peut-il relever de la faute inexcusable ?
Non. La faute inexcusable ne s’applique qu’aux accidents survenus dans le cadre du travail ou aux maladies professionnelles. Les accidents de trajet, bien que reconnus comme accidents du travail pour l’indemnisation forfaitaire, sont exclus de ce dispositif.
Qui peut engager une procédure pour faute inexcusable ?
La procédure peut être engagée par le salarié victime, par ses ayants droit en cas de décès, ou par leurs représentants désignés. L’action peut être introduite après une tentative de conciliation avec la CPAM ou directement devant le tribunal judiciaire si aucun accord amiable n’est trouvé. L’intervention d’un avocat permet de structurer les preuves et d’optimiser la stratégie dès le début du dossier.
Quel est le délai pour agir en faute inexcusable ?
L’action doit être engagée dans un délai de deux ans. Ce délai court à partir de la date de l’accident, de la reconnaissance du caractère professionnel, de la consolidation ou encore de la fin du versement des indemnités journalières. Certaines démarches, comme une action pénale ou une contestation administrative, peuvent interrompre ou suspendre ce délai.
La faute du salarié exclut-elle la faute inexcusable de l’employeur ?
Non, sauf faute intentionnelle du salarié, ce qui reste exceptionnel. Une erreur, une imprudence, une maladresse ou un comportement inadapté ne supprime pas l’obligation de sécurité renforcée de l’employeur. La jurisprudence rappelle que l’employeur demeure responsable dès lors qu’il connaissait ou aurait dû connaître le risque.
Quels risques une faute inexcusable fait-elle peser sur l’employeur ?
La reconnaissance de la faute inexcusable engage la responsabilité financière de l’employeur. Il doit rembourser à la CPAM la majoration de la rente, prendre en charge la réparation intégrale des préjudices subis par la victime et peut voir ses cotisations augmenter.
Des conséquences réputationnelles ou organisationnelles peuvent également en découler, surtout dans les dossiers impliquant un manquement structurel à la prévention des risques.
Qu’indemnise la faute inexcusable pour la victime ?
La victime peut obtenir une indemnisation étendue couvrant l’ensemble de ses préjudices : souffrances physiques et morales, perte de revenus, incidence professionnelle, préjudice d’agrément, aide humaine, frais futurs et impacts psychologiques ou médicaux.
La rente d’incapacité permanente est également majorée pour tenir compte de la faute imputable à l’employeur.
